GERSHWIN (I.)


GERSHWIN (I.)
GERSHWIN (I.)

Ira GERSHWIN 1896-1983

On crut pendant longtemps qu’il se prénommait Isidore, car son père Moische Gerschowitz écrivait fort mal. Mais Israël Gershwin (né à New York le 6 décembre 1896) devait rendre célèbre son surnom — Ira —, dont la consonance féminine le fit parfois passer pour la sœur de George Gershwin! Très doué pour les lettres, Ira ne voulut pas profiter du succès de son frère pour se faire un nom, et il commença à écrire sous le pseudonyme d’Arthur Francis, en hommage à son jeune frère Arthur et à sa sœur Frances.

C’est en 1924 que le tandem fut créé, avec la revue Lady Be Good . Les frères Gershwin étaient sur le sentier de la gloire. L’association reposait sur deux principes: laisser libre cours à l’imagination sans jamais s’encombrer d’idées préconçues... et ne pas se quitter d’une semelle. Cela supposait une certaine abnégation de la part d’Ira, qui devait se plier aux horaires, la plupart du temps anarchiques, de son frère. George sortait pratiquement toutes les nuits pour jouer du piano à droite et à gauche. L’inspiration pouvait lui venir au cours d’une de ces soirées, en rentrant tard dans la nuit, ou vers deux heures de l’après-midi, heure à laquelle il se réveillait en général. Il notait les thèmes qui lui paraissaient intéressants sur un carnet de croquis. Il fallait donc qu’Ira fût sur le pied de guerre vingt-quatre heures sur vingt-quatre, car il était incapable de lire la moindre note de musique et il devait compter sur son excellente mémoire musicale pour se mettre au travail. Il chantait beaucoup, tout en faisant les cent pas dans son salon, s’arrêtant pour noter une idée et l’essayer aussitôt. Il est rare de voir fonctionner aussi efficacement un tandem comme celui qui était formé par George et Ira Gershwin. Le premier était un incurable bienheureux; le second fut, jusqu’à son dernier jour, d’une méfiance atavique, à l’instar des juifs originaires de l’Est, qui ont souvent le bonheur triste et le malheur optimiste. George était d’un dynamisme foudroyant, Ira donna presque toujours une impression d’indolence. Mais, comme tous les paresseux, il était capable de fournir des efforts surhumains lorsqu’il le fallait. Il fut entouré jusqu’à la fin par les soins abusifs de son épouse Leonore, qui l’étouffa d’un amour maternel frustré, puisqu’ils n’eurent jamais d’enfants.

Lorsque les deux inséparables frères vinrent pour la première fois à Hollywood en 1930, après avoir vécu toute leur vie à New York — hormis quelques voyages en Europe —, ils se lancèrent dans le cinéma. De cette époque date Delicious (1931), insupportable «navet» qui fit cependant un triomphe. Le 26 décembre 1931, ils présentaient au public de Broadway le plus grand succès personnel d’Ira: Of Thee I Sing , pour lequel il reçut la plus haute récompense littéraire possible aux États-Unis, le prix Pulitzer. En cette période troublée de l’histoire, il parvint à faire rire des combines politiques — une première historique! — sans froisser qui que ce soit, et en amusant tout le monde. Ira a vécu les cinquante dernières années de sa vie dans sa magnifique propriété de Beverly Hills, une maison riche de souvenirs et de la collection de tableaux de son illustre frère. Il meurt à Beverly Hills le 17 août 1983.

Encyclopédie Universelle. 2012.